Critique du film Indigènes 
Pour ceux qui du 17 au 28 mai 2006, date du 59e Festival de Cannes, étaient en pleine révision de leurs examens, dehors trop occupés à profiter des premiers beaux jours de l’année ou bien plongés dans un profond coma. Petit piqûre de rappel : Indigènes a été le coups de cœur de la Croisette cuvée 2006. L’histoire en quelques mots : 1943, le sergent Martinez mène ses hommes au combat… Je vous entends déjà soupirer "Encore un de ces énièmes longs-métrages sur la seconde guerre mondiale !" Et vous avez tort…
Ce film de guerre n’est pas comme les autres. Le réalisateur Rachid Bouchareb nous compte l’histoire de la France, celle qui n’est pas inscrite dans les livres scolaires. Sans faux semblant, ni idéalisation, nous suivons ces hommes qui ont traversé une mer pour lutter contre le nazisme et libérer la France, une terre qu’ils ne connaissaient pas : Saïd, Yassir, Messaoud, AbdelKader et les autres enfants des colonies françaises, les indigènes comme on les appelait à l’époque. Comme eux, nous sommes pris dans cet engrenage guerrier.
Nous tremblons nous aussi lors de leur premier assaut, premier contact avec un monde de violence et de morts. Les explosions, la terre, le sang, les cris, les canonnades des fusils, une scène d’un réalisme saisissant qui n’a rien à envier au débarquement Spielbergien de Il Faut Sauver Le Soldat Ryan. Mais, pas de glorification de la guerre, ni des hommes qu’ils l’ont faite, pas de dénigrement non plus, le film qui aurait pu tomber dans le sentimentalisme ou inversement dans la brutalité à outrance évite tous ces pièges. Indigènes se montre juste et d’une grande finesse psychologique du début à la fin.
Pas de sur-héroïsme non plus, seulement des hommes, vraie force de ce long-métrage. Le 59e festival de Cannes a décerné aux cinq acteurs le prix d’interprétation masculine collective. Et on approuve le jury. Comment est-il possible de choisir entre Jamel Debouzze émouvant en jeune soldat introverti et Roschdy Zem attendrissant en tireur d’élite éperdu d’amour ? Comment plébisciter Bernard Blancan meneur d’hommes criant de vérité et pas Samy Naceri qui fait vivre sous nos yeux ce grand frère protecteur ou encore Sami Bouajila tout simplement envoûtant en AbdelKader intègre mais désillusionné ?
A l’écran, comme un corps d’armée, ils ne font plus qu’un. Portés par la caméra de Rachid Bouchareb, ils unissent leurs forces pour faire sortir de l’oubli toutes ses vies sacrifiées pour la France et la liberté. Tout simplement inoubliable.
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