Critique du film O Jérusalem 
C’est peut-être l’un des conflits les plus anciens du monde et à la fois celui dont l’écho ne cesse de gronder. Cela fait deux mille ans, soixante ans, trente ans, un mois… Ville trois fois sainte, Jérusalem La Spirituelle est également Jérusalem La Guerrière… au point qu’on ne sait même plus comment l’évoquer.
Concerné mais lucide, Elie Chouraqui prend pourtant le risque et filme la naissance d’Israël, l’histoire d’un état tant espéré au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et de la Shoah. Un heureux événement à l’accouchement difficile, tragique et, pour certains, impossible.
Au vue de la géopolitique mondiale des soixante dernières années – et des récents affrontements de cet été – une chose est sûre : Ô Jerusalem est un film des plus casse-gueule. Peut-on se risquer – dans un débat si passionné – à offrir un regard cinématographique (im)partial ? On se souvient du tollé qu’avaient essuyé Spielberg et son excellent Munich l’an dernier…
Bon, certes Chouraqui n’est pas Spielberg. Le réalisateur à l’incroyable chevelure s’en sort néanmoins avec quelques honneurs. En s’appuyant sur le roman de Dominique Lapierre et Larry Collins, le monsieur prend le parti de ne jamais trop se mouiller pour l’un ou l’autre des bords (si ce n’est celui de la paix) et choisi de suivre le parcours de deux hommes déchirés entre leur amitié et un conflit qui les dépasse et dans lequel ils sont enrôlés presque malgré eux.
Si le film souffre de maladresses plus ou moins évidentes (un aspect « Agenda des conflits » légèrement artificiel, une retenue parfois frileuse), Chouraqui reste un très bon faiseur d’images et un habile créateur de sentiments. C’est bien sûr bourré de bonnes intentions, mais qui pourrait le blâmer de vouloir apaiser les tensions ? Quoi qu’il en soit, si l’on ne devait retenir qu’une image, ce serait l’incroyable regard désabusé de J.J. Feild. Et c’est déjà pas mal.
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